La situation actuelle aux Antilles me touche profondément. J’ai découvert cette région magnifique à l’occasion de mon passage durant deux ans (1993-1995) au Ministère de l’Outre Mer et je n’ai jamais cessé depuis de les porter en moi. Je reste profondément attaché aux départements et territoires d’outre mer et particulièrement aux Antilles où je garde beaucoup d’amis.
Je suis conscient des graves problèmes que rencontrent les antillais mais je ne voudrais pas que l’escalade des tensions conduise à un drame humain irréparable. Aujourd’hui la Guadeloupe, mais aussi la Martinique, souffrent. Elles souffrent et les antillais le manifestent à juste titre. Cependant s’il est nécessaire de dire les choses il faut faire attention aux poids des mots. Aujourd’hui les mots ont dépassé la raison, et les manifestations légitimes ont dégénéré en affrontements stériles. Et j’observe avec inquiétude le souhait de certains d’utiliser ce mécontentement et ce malaise à des fins politiques.
Je ne saurais trop mettre en garde les responsables politiques de tous bords, métropolitain ou antillais de ne pas s’engager, et engager la population, dans des positions extrêmes qui menaceront durablement l’avenir des Antilles. Nous vivons un moment crucial pour l’avenir, et je crois qu’il faut garder toute la mesure des enjeux. Je gage que chacun saura faire les efforts nécessaires et que des solutions seront trouvées, c’est aujourd’hui la priorité. Il s’agit de concentrer ces efforts sur la lutte contre la vie chère, mais aussi à apaiser les tensions qui existent dans les sociétés antillaises, et je pense la particulièrement à la Guadeloupe.
L’ensemble des politiques, toutes tendances confondues, doivent reprendre la main et ramener le débat sur le terrain démocratique. La priorité de l’Etat doit être de restaurer un climat de confiance. Jeudi, en recevant les élus des quatre départements d’outre-mer, Nicolas Sarkozy s’est clairement positionné en ce sens. Il a annoncé qu’il se rendrait en Guadeloupe au mois d’avril, à l’occasion d’États généraux qui auront lieu dans chaque DOM. L’objectif de cette consultation, qui sera lancée sitôt le calme revenu : aider l’outre-mer à changer les logiques de son développement économique et social. Le chef de l’État s’est également dit favorable à la création d’une collectivité unique regroupant région et département, si ça «n’est pas forcément une priorité», cela pourrait se faire si «c’est le choix de la population». Dans l’immédiat, le Président de la République souhaite surtout «ramener la paix civile au plus vite» et éviter que ne se reproduisent les violences qui ont débouché sur la mort tragique d’un syndicaliste. C’est pourquoi l’Etat fera un geste financier de près de 600 millions d’euros pour sortir de la crise et répondre, à «ce sentiment d’injustice» que nous comprenons et partageons. Au total l’effort supplémentaire au profit des quatre départements d’outre-mer s’élèvera à 580 millions d’euros dont 280 millions au titre du RSA. Jeudi, les deux médiateurs dépêchés en Guadeloupe par Matignon ont réunis les partenaires sociaux. Une « prime déchargée » devrait être mise en place – sans cotisations patronales ni salariales – versée par le patronat pendant deux ans. Elle serait réservée mensuellement aux bas salaires qui gagnent entre 1 et 1,4 smic, soit 45 000 personnes en Guadeloupe. Le versement de cette prime n’entrera pas dans le calcul du montant du RSA, dont le Gouvernement a décidé d’avancer la mise en œuvre à fin 2009.
Nous nous devons de trouver des solutions durables pour permettre à ces deux départements de retrouver calme et sérénité. Les blocages font beaucoup de mal aux Antillais, je prends l’exemple du tourisme qu’ils ont su si bien développer et qui menace aujourd’hui de s’effondrer. Les départements et territoires d’outre mer sont une immense richesse pour la France, diverse et présente sur tout les continents, nous devons nous en souvenir.
